Berliner Stoner


Leur premier album était explosif, hédoniste. Attack Decay Sustain Release redessinait les paramètres de l’enveloppe sonore : sa naissance, sa vie, sa mort sous les effets de la modulation. Simian Mobile Disco en termine alors avec les eaux tièdes du rock anglais. Resserrant son esthétique après l’épisode Simian et le tube We Are Your Friends, le duo devient le fantasme d’un pont et d’une IDM d’outsider.
Intelligent, pictural, sensoriel, il incarne l’issue au duel minimal/maximal. Sept ans plus tard, il erre dans le désert californien, chargé du plus simple appareil : deux paires de synthés et de séquenceurs. Ni ordinateurs, ni logiciels. Ni échantillons, ni voix. Whorl, c’est la machine en direct, ce sont les répliques, les suppliques, les confessions d’un cheminement technoïde.
Au cœur du sacerdoce, il y a l’idée d’une exploration des terres des précurseurs allemands ou italiens. À l’instar des Tangerine Dream, James Ford et Jas Shaw réduisent la palette de sons, usent de leurs dix doigts. La preuve avec Redshift, mise en bouche dénudée, et Casiopeia, pointillisme aux couleurs marines.
Hier plongés dans le bain d’une house music abrasive, ils ont trouvé la voie, celle de l’échappée continue. RV
simianmobiledisco.co.uk.


TOY dans l’été mort

On ne s’oublie pas. On ne s’invente pas. Sur un fil conducteur, sur un fil indolore, je vois le noir sous tes yeux. Je sens tout près les guitares vrombissantes. As We Turn n’empêche rien sinon d’être errant.

TOY est l’atome qui fait son grand tour. Ce diamant bleu, pétrole, tenu à distance, dans un trou percé par le riff et le cri où nos poches se vident, où nos corps s’élèvent.

La nonchalance des drums et du chemin To A Death Unknown a bel et bien grisé mes pensées. Encore aujourd’hui, où la fin août tonne et pleuvine. La brillance des touches culbute et assure cette impression de voir et de tomber au sol à la vitesse des gouttes.

Toujours plus dark, toujours moins putassier que les heures passées à rêver et geindre sous le soleil, en 2012, TOY s’écoute dans la Frozen Atmosphere.

À genoux sur Join The Dots, leur deuxième album, mes chevilles collapsées, mes psychoses éconduites, les mariages et les vitraux s’affichent en noir et blanc. Toutes ces variations de roche sombre s’éclatent en dedans.

Je croise un regard, plus bas, une croix à ton cou qui, comme un bout de toi, finit de ferrer le poisson. Gros poisson qui gigote sous le pont. Touchez pas la hache. Petit TOY reste sauvage. RV

TOY


Rustie - Green Language

Les manettes s’ébranlent, l’arbre de distribution vrombit sous nos pieds. Le vieux coucou et nos oreilles s’échauffent avant même que s’ouvre le concert. Green Language n’est pas un premier vol. Bien au contraire, Rustie « la Fronde » brûle les étapes, frôle les étoiles.

Aussi haut perché qu’un flamand rose, il embarque ses copilotes dans une magie des contrastes. Jam spatiales, pastel et lancinantes, l’Ecossais de 30 ans fait tourner son hélice à bout de gros muscles et de matière R&B renforcée.

Jamais tout seul, sécurité oblige, il collabore avec des rappeurs, des pirates des airs pas mécontents d’écouter leur voix découpée, recalibrée, reformatée (Lost, feat. Redinho). Pour le beat, pour le punch, il tape dans un répertoire sonore très trap, approche hybride qui justement le distingue.

Glass Words, sorti en 2011 et classé meilleur album par The Guardian, avait affolé les critiques. Ici, sous les carillons éoliens de Workship, l’amoureux du grandiose devine que Green Language tranchera les nuages. Beatmaker prolifique, le jeune Rustie s’arrache de la rentrée à coups de loopings, de virages fugaces et en même temps ultra-produits.

On l’avait croisé dans la cour, bâtisseur de sélections maximalistes, exubérantes, variées, pour Tsugi ou Fact Magazine, pour la Boiler Room ou les légendaires Essential Mix de Radio 1. En 2014, il nous plante définitivement pour aller s’imprégner d’émotions réelles et revendre ses pilules de bonheur et de fracas.

Brassé par des vents solaires épileptiques, sa ligne express relie entre elles des îles ambulantes, à la composition dense, entraînante, battues par des moussons épisodiques (Tempest). Pour la durée du voyage, Rustie et son personnel navigant, crème du service client, Danny Brown ou Face Vega, moitié de Gorgeous Children, nous gratifient de mélodies pleinement chamaniques et modernes (Paradise Stone).

Ce fou du volant est de passage au Berlin Festival, ce samedi 6 septembre, pour un point de ravitaillement au coeur de la nuit.

Rustie - Green Language
Warp Records – Sortie le 25 août

Berlin Festival: RUSTIE
6 septembre * 1h-2h30 * Glashaus
Berlinfestival.de
rustie.net

(Source : wp.me)


« Il y a toujours un truc qui guide ma manière de faire, c’est de sortir beaucoup de projets avec des producteurs qui me sont chers ». À l’occasion d’une exposition inédite des pochettes vinyles (à lire dans le Berlin Poche N°52), Varoslav, taulier de Rue de Plaisance, et Alan Doe, nouvelle signature du label parisien, nous parlent de l’art, de l’amitié, de l’industrie du disque, bref du tiercé de la musique. View Larger

« Il y a toujours un truc qui guide ma manière de faire, c’est de sortir beaucoup de projets avec des producteurs qui me sont chers ». À l’occasion d’une exposition inédite des pochettes vinyles (à lire dans le Berlin Poche N°52), Varoslav, taulier de Rue de Plaisance, et Alan Doe, nouvelle signature du label parisien, nous parlent de l’art, de l’amitié, de l’industrie du disque, bref du tiercé de la musique.