Berliner Stoner

Tycho est un cratère d’impact situé dans les montagnes lunaires du sud.

Dans l’univers de l’électro appesantie, milieu bénin mais hyper saturé de gaz et de comètes bien vaines, Awake arrive comme l’élément tactique, qui arraisonne les malfrats du système Proxima du Centaure, voisin du nôtre mais plus beau car insondable.

Awake est la fusée de détresse, titre et signal de départ pour un voyage stylisé. Épineux, saupoudré de guitares rêveuses sur fond de batterie mesurée (Montana, See), « créée pour suspendre la pensée rationnelle », d’après le label Ghostly International.

C’est ainsi que l’artiste Scott Hansen joue du contraste jour/nuit, et crame nos rétines sur des atmosphères baléariques ralenties.

Comme Boards Of Canada, il entreprend à nouveau, avec un sérieux et une concision extrême cette fois, la conduite, parfois accidentée (Apogee), vers les plages en Technicolor qui, certes, n’existent que sur écrans mais font oublier le temps qu’on passe devant.

Désert en creux, cieux limpides, sylphide sans gravité et soleil impérial ne font plus qu’un. Le jour s’est enfin levé et révélé. Ses variations pour grands espaces se donnent au monde, à leurs risques et périls.

TYCHO – Awake (Ghostly International/La Baleine)
tychomusic.com

Romain Vieillé


 

 
Label parisien mondialiste, au sommet de sa modestie, Kitsuné nous déflore, nous dévoile et nous sort le service 3D de la musique. Nouvelle ère, nouvelle jeunesse et ambition idoine pour cette maison plus que jamais “out of trends”.
 
Kitsuné New Faces chante parfaitement ce que nous lisons sur la pochette : des renards en petites frappes, les oreilles en pointe et le minois joli.
 
Les mioches que cette école des modes urbaines a recruté font exactement ce qu’ils veulent. Kitsuné, école buissonnière, depuis dix ans sillonne les clubs et ruelles étoilés de la tendance et du son. De Tokyo à Paris, en parcourant New York à vélo, elle casse les goûts et donne ici à des groupes la sanction qu’ils méritent.
 
Livrés à la concurrence du commun, ils s’aventurent dans les glissades vocales (Antimatter People), les fines bastonnades (Gallant) ou les déhanchés made in Berlin (George Fitzgerald). Bref, comme un périple, une revanche des princes comme il se doit, cette compilation déploie une pop totale, une palette de couleurs fraîches.
 
Pas question de maturité mais de variété, de chemins fantasmés et de manies proscrites. L’Overdue de Clancy n’a pas à rougir des avances d’un Étienne de Crécy.
 
A contre-courant du mode shuffle, la surimpression s’opère. Les ors et l’usage du monde se jaugent. Bass music, indie dance ou R’n’B font bas les masques et, de toute évidence, le vainqueur ne saurait être partisan de la quincaillerie et du trop-plein. Qu’elles soient rock ou électro, les lignes restent épurées, fines et fortes. Ici, là-bas, entre les deux yeux du chat sauvage.
 
Kitsuné Compilation, New Faces LP (Kitsuné)
 www.kitsune.fr / soundcloud.com/kitsune-maison
 
Romain Vieillé


Peter Peter : musique désillusion

 

 
Des sirènes et des crises dans la tête. Des fourmis. Des papillons. Incendiaires. Pyromanes.
Peter Peter a la puissance d’enflammer nos coeurs ouverts ou alanguis, tout disposés à ses sens de la rupture.
 
Son deuxième album envoûte les médias, conquiert nos côtes avec le naturel des grands vents. Il y a Tergiverse et sans rhume, au-dessus du portfolio Google de ses portraits léchés, Peter Peter a bien le verbe haut et la condition d’un désespoir bien enrobé. Restons-en là.
Restons-en à la simplicité déconcertante de ses chansons (MDMA), comme si la saveur et le spleen de l’amour, du désir, de la “nostalgie de toi” étaient à portée de main. Là gît son talent évanescent, la proximité de ses paroles sèches et humectées par les humeurs magnétiques (Une version améliorée de la tristesse).
 
Un Carrousel plus loin, l’auteur-compositeur se mue, fuit et s’efface, dans l’illusion de la vitesse, vérité contemporaine du désabusé. Le silence des forêts denses et enneigées, des rues désertes et endormies de Québec ne souffrent pas la moiteur des riffs et mélodies.
Peter Peter permet l’offrande des néo-modernes, contourne le flou artistique par le son direct et adolescent, donne à vivre l’espace d’un instant l’entremêlement et la foule personnelle des souvenirs, odeurs et sentiments. Amours sérieuses du petit qui devient homme, apprend et réinvente à son tour la tristesse.
 
De ces générations de cyniques, Peter Peter ne sacrifie rien, ne représente personne. Il découvre ce que nul ne cherche, marche sur les pas de celui qui n’est pas, lui, toi, nous, doux rêveurs d’un matin du monde embrassé, entouré des corps chauds de ceux qui aiment et un soir, lui, toi, nous quittent.


 
Peter Peter, Une Version Améliorée de la Tristesse LP (Audiogram/Arista)
 www.peterpeter.ca
(credits John London)
 
Romain Vieillé